Coudre sa vie, Brick Lane, Monica Ali

‘You think that a clothing is just a clothing. But as a matter of fact it is not. In a place like this, it is a serious thing.’

Nazneen, après une vingtaine d’années passées à Londres, à Tower Hamlets, se remémore une anecdote de son enfance au Bangladesh. Un travailleur agricole qui jusque là n’avait que deux gilets pour toute garde-robe, se met à porter une veste rouge, avec une poche appliquée sur le devant et des boutons dorés. Il attire l’attention et les quolibets de tout le village.

Le vêtement , dans Brick Lane de Monica Ali, occupe une place essentielle. Il est source de conflit: la fille aînée de Nazneen, née en Angleterre, préfère aux vêtements traditionnels bengladeshi des jeans moulants, ce qui est source de conflits avec son père, Chanu.

Le vêtement est le reflet d’une identité, de ce qu’on veut projeter de soi. Pour Karim, jeune homme d’origine Bengladeshi, mais qui n’y a jamais mis les pieds, abandonner chaîne de cou en or, jeans et baskets au profit des pyjamas panjabi après les attaques du 11 septembre, c’est affirmer sa radicalité. Razia arbore un T-Shirt aux couleurs de l’Union Jack, preuve ambulante de sa citoyenneté britannique acquise. Mais il est aussi celui que Nazneen coud.

Pour honorer une dette souscrite par son époux, Nazneen apprend la couture et se met à assembler des t-shirts à paillettes, des pantalons, à monter des fermetures éclair,…

Cette activité de couture est puissante à différents titres: elle permet à Nazneen de contribuer aux revenus du foyer, et ainsi, elle se soustrait à la dépendance économique vis-à-vis d’un mari omnipotent. Elle lui donne donc ainsi une valeur à ses propres yeux. Cette activité de couture lui permet également d’avoir un contact avec l’extérieur. Karim, l’intermédiaire qui lui apporte les travaux de couture, et avec lequel elle tissera une relation particulière, est ce vent du changement.

Coudre lui permet ainsi d’assembler les différentes parties de sa vie, de donner un patron à son existence qui jusque-là lui semblait régie par une fatalité incompréhensible.

J’ai aimé suivre le fil de cette histoire de femmes qui se cherchent, et finissent par trouver leur voie, malgré l’adversité. Un vrai coup de coeur.