J’ai lu La Fin de Mame Baby, Gaël Octavia

Quatre femmes dont les fils de la vie sont emmêlés, par malheur ou par bonheur. 

Un « Quartier » dont le nom champêtre ne suffit pas à masquer l’âpreté. 

Gaël Octavia signe ici un roman policier particulier; il ne s’agira jamais de connaître les coupables du crime qui a été commis.  Aline, qui a quitté l’endroit où elle a grandi et y revient un temps, enquête plutôt sur les vies de Mariette, femme rongée par la vie et l’alcool, Suzanne, la fille blanche, Mame Baby, la lumière du Quartier, et enquête aussi sur elle-même.

Drôle de sensation que celle que j’éprouve à la rédaction de ce billet. Il semblerait que j’apprécie ce roman davantage que je ne le pensais en le lisant. J’ai été heureuse de l’acheter, de projeter de le lire, de le découvrir, mais une chose malgré tout m’a rebutée…

Commençons par les raisons pour lesquelles je suis heureuse d’avoir passé du temps en compagnie de ce titre:

Le roman est parfaitement maîtrisé: l’histoire des personnages, et tout particulièrement celle de Mame Baby, nous est dévoilée par couches successives, au rythme des révélations de Mariette, de Suzanne, des voix de l’Assemblée des femmes, communauté-refuge qui accueille toutes les femmes du Quartier ( ou presque) les bras ouverts.

La narration alterne adresse directe au lecteur, 3e personne du singulier,  et 1ère personne du singulier, tout cela de façon fluide; le changement s’opère souvent au sein de la même page.

L’utilisation du futur est récurrente, comme annonciateur d’une prophétie ou plutôt d’une fatalité et offre une symétrie au roman puisque l’intrigue commence avec l’emploi de ce futur et se termine avec celui-ci.

L’auteure réussit à convoquer de nombreuses images fortes telle que celle des libellules ou l’esquisse de Mariette dans son rocking-chair, images dont je parlais déjà ici.

Cependant, je n’ai jamais pu me défaire d’une certaine distance, je n’ai jamais réussi ni à me projeter dans l’un des personnages, ni à avoir de l’affection pour eux. C’est comme s’ils étaient des caractères-type, malgré leur complexité. Peut-être cela est-il dû au fait qu’on n’accède peu à leur intériorité: la narratrice ne donne des informations à son sujet que parcimonieusement, et les autres voix, celles de Mame Baby, de Mariette, de Suzanne, …, sont passées par le filtre d’Aline.

Cette distance est d’autant plus frustrante que j’aurais passionnément aimé pouvoir me glisser dans la peau d’une de ces femmes noires.

Je suis donc partagée entre admiration pour une oeuvre maîtrisée de bout en bout et distance face à des personnages auxquels je n’ai pas réussi à m’attacher autant que je l’aurais voulu.

Et vous, l’avez-vous lu? Qu’en avez-vous pensé?