20 lignes pour découvrir…. corniche kennedy, Maylis de Kerangal

Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage, après Malmousque, quand la corniche réapparaît au-dessus du littoral, voie rapide frayée entre terre et mer, lisière d’asphalte. Longue et mince, elle épouse la côte tout autant qu’elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit — et lumineuse alors, son tracé fluorescent situe dans les focales des satellites placés en orbite de la stratosphère. Elle joue comme un seuil magnétique à la marge du continent, zone de contact non frontière, puisqu’on la sait poreuse, percée de passages et d’escaliers qui montent vers les vieux quartiers, ou descendent sur les rochers. L’observant, on pense à un front déployé que la vie affecte de tous les côtés, une ligne de fuite, planétaire, sans extrémités: on y est toujours au milieu de quelque chose, en plein dedans. C’est là que ça se passe et c’est là que nous sommes.

Quel magnifique incipit!

C’est là que ça se passe et c’est là que nous sommes.

En effet.

Cette introduction nous donne une appréhension multidimensionnelle des lieux.

En quelques lignes, c’est comme si on avait une superposition panoramique: on est fixé et tout à la fois on surplombe cet endroit.

Qui sont « ils »?

On oublie vite cette question, car la star de ce paragraphe, c’est bien cette corniche qui se montre et se dérobe tout à la fois.

 

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