J’ai lu D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie, roman. Voilà ce qu’on lit dès les premières pages. Pourtant, la narration à la première personne, et la substance même de l’ouvrage nous mènent vite à oublier cette précision.

Après l’énorme succès de Rien ne s’oppose à la nuit, de nature autobiographique, mais qui se veut également un roman, l’auteure tricote et détricote, tant dans l’intrigue, la forme que le fond, la question du vrai, du réel, de la vérité en écriture.

La tour de force de l’ouvrage est de nous faire oublier un bon moment ce qu’on lit: un roman. Et puis, finalement, on finit pas se poser la question: est-ce une « histoire vraie »? est-ce de la fiction? Qu’est-ce que la fiction?

Le titre prend alors tout son sens: il ne s’agit pas d’une histoire vraie mais de quelque chose écrit d’après celle-ci.

J’ai vraiment eu plaisir à lire ce roman, qui est écrit un peu à la manière d’une enquête à double niveau. Celui de l’intrigue; on veut en savoir plus, on a du mal à poser le livre, on lit pour connaître l’épilogue de l’histoire et on finit complètement désarçonné.e, et dans mon cas, séduite par le coup de maître réalisé par l’auteure. Et au niveau métatextuel, où l’auteure tout en écrivant son intrigue commente et questionne la limite poreuse entre fiction et réel.

Une citation, pour finir:

Le réel, si tant est qu’il existe, qu’il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d’être incarné, d’être transformé, d’être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c’est chiant à mourir, au pire, c’est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction.