Zoom sur En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis

J’avais beau m’y attendre, je n’ai pourtant pas réussi à amortir le coup que m’a porté En finir avec Eddy Bellegueule.

Dès l’ouverture, les choses sont posées: le personnage principal est brutalisé et rien ne nous sera épargné à nous non plus, lecteurs.

J’ai littéralement plongé dans ce roman, j’en ai rêvé la nuit, je l’ai continué dès que j’avais quelques minutes de pause. Je l’ai lu en haletant, parfois en apnée, face à la violence décrite tout au long du récit.

En finir avec Eddy Bellegueule est un roman autobiographique qui décrit l’enfance du personnage principal, la façon dont il a toujours été marqué du sceau de la différence, la découverte de sa sexualité et surtout la violence de son milieu qui ne lui a laissé que la fuite comme survie.

La violence. On en fait l’expérience, par procuration. Violence physique, violence du langage.

Cet ouvrage a provoqué une assez vive polémique.

Tout récemment encore, La marche de l’histoire invitait Xavier Vigne, qui arguait que Edouard Louis qu’il « reprodui(sai)t un vieux discours conservateur de dépréciation du monde ouvrier ».

Ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu. Je l’ai perçu comme une tentative de restitution de la violence, violence imposée à ceux de son milieu, et qui est elle-même imposée à plus faible que soi.

J’ai d’abord été happée par le propos du texte, avant de m’incliner devant l’efficacité du  procédé d’écriture, clinique, efficace. La voix des gens de son milieu d’origine est insérée directement dans le reste du texte par le biais d’italiques; le discours de l’autre est donc fondu dans le reste du texte, tout en étant mis en exergue. Reflet de la fuite de l’auteur hors de son milieu de naissance, le texte violent est typographiquement à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la phrase qui le contient.

 

Je suis désormais le blog d’Edouard Louis.

Il y a inséré récemment un article éclairant ( publié dans le New York Times donc en anglais) sur les raisons à l’origine des votes FN. Il y avance qu’il faut enfin donner de la visibilité à ceux qui l’ont perdue, et qui pensent en trouver grâce à leur vote pour l’extrême-droite.

C’est justement ce que fait, par la littérature, En finir avec Eddy Bellegueule. Il les représente.