J’ai lu Tess of the D’Urbervilles, de Thomas Hardy

Tout a commencé par des fragments, ceux que j’ai vu de l’adaptation de Roman Polanski*, sur Arte, un soir où je n’avais pas le temps de regarder la télé. Mais mon attention a été littéralement happée par le regard de Nastassja Kinski, qui interprète Tess dans la version filmée.

Je ne sais pas si j’aime le film de Polanski. Mais chaque fois qu’il passe, j’ai envie de le voir. Il exerce sur moi une sorte d’attraction inexplicable.

J’avais manqué les premières minutes du film lors de sa dernière diffusion, et n’avais pas pu en voir la conclusion… pourquoi ne pas lire l’oeuvre originale, me suis-je dit.

Mon propos ici n’est pas du tout d’opérer une étude contrastive entre le roman et le film. Je les conçois vraiment comme deux oeuvres distinctes, qui se font écho.

Tess of the d’Urbervilles fait partie de mes expériences de lecture. De ces romans que je ne parviens pas à poser, mais dont la lecture n’est pas pour autant évidente, ni purement agréable. Spontanément, je classerais Trois Femmes Puissantes, de Marie N’Diaye dans cette catégorie de livres qui ne se sont pas laissés lire aisément, mais dont l’empreinte, malgré une unique lecture, demeure forte et pour longtemps.

Tess of the d’Urbervilles raconte l’histoire de Tess, dont la vie semble vouée à un destin tragique dès lors que son père, simple villageois allergique au travail, découvre qu’il est issu d’une vénérable lignée, dont la noblesse s’est amoindrie, puis tarie. Ironie du destin, cette révélation, loin d’élever la famille, va précipiter la perte de l’héroïne.

A travers le destin malheureux de Tess, Thomas Hardy peint le portrait d’une société victorienne en plein changement: les classes sociales sont en mouvement, les pauvres hères du moment sont les nobles d’autrefois et les bourgeois s’achètent une noblesse avec un titre. Le salut que peut apporter la religion est remis en question et l’injustice du sort réservé à la femme parce qu’elle est femme est mis en exergue.

Eh bien parlons-en, justement, du rôle dévolu à la femme. Tess finit par se rebeller contre son sort, mais après combien de temps à courber l’échine docilement! Et c’est cette passivité, cette foi amoureuse, qui a fait obstacle pour moi à toute empathie envers le personnage. Tess n’est tout au long de la lecture restée qu’un type, qu’un modèle bien commode pour l’exposition d’une thèse, que je reçois d’ailleurs  parfaitement intellectuellement; Tess est comme traquée de toute part, par sa famille, son milieu, les hommes qu’elle rencontre.

C’est pourquoi cette impression de lecture est si ambivalente: d’un côté,une admiration de la force de la composition, de l’emploi des symboles et des thèmes. De l’autre, j’ai souffert d’un manque d’élan, d’identification ou de rejet, envers le personnage principal.

 

Pour finir, un extrait

It was a hazy sunrise in August. The denser nocturnal vapours, attacked by the warm beams, were dividing and shrinking into isolated fleeces within hollows and coverts, where they waited till they should be dried away to nothing.

 

*Tess, Roman Polanski, 1979