Lucy, de Jamaica Kincaid, ou l’indépendance.

Lucy est une tornade.

Avant tout, le personnage principal veut vivre.

Un récit à la première personne du singulier qui pour autant n’aide pas la lectrice à s’attacher à la protagoniste.

Ce roman est un hymne à la liberté, l’autonomie, l’indépendance.

Le récit est celui d’un voyage, d’un parcours. Lucy vient d’une île de la Caraïbe et vit désormais dans une métropole nord-américaine. Partir vivre comme jeune fille au pair dans une famille aisée a été un tremplin vers son autonomie, mais Lucy va vite se défaire de ce joug-là. Contrairement à beaucoup de récits de littérature antillaise qui présente la métropole comme un eldorado rêvé et finalement trompeur, dans Lucy, l’Amérique devient vite décevant, non pas à cause de l’expérience de discrimination, mais en soi. L’ailleurs ne vaut pas mieux que chez soi.

La jeune fille est avide de découvertes. Elle décrit ses premiers baisers de façon quasi-clinique. Il n’est pas ici question d’amourette, pas d’attachement qui pourraient l’entraver. Même l’angoisse d’une éventuelle grossesse est vite mise sur le côté. Lucy fera ce qu’il faut pour se débarrasser de cette conception non désirée et advienne que pourra.

Les différents amants de la jeune femme sont pour elle l’occasion de se découvrir, mais pas question de promettre quoi que ce soit ou de se projeter. Elle n’a pas le temps pour ça.

J’ai beaucoup aimé le travail de décentrement du récit de Jamaica Kincaid. Le centre, c’est la Caraïbe. Point besoin de nommer le lieu, parce qu’il est central. On ne nomme pas l’évidence, on ne nomme que la différence. Ce qui est naturel, c’est le soleil écrasant, si écrasant qu’on en vient presque à l’exercer. L’hiver est exotique, étrange.

La fin est tout aussi abrupte que le reste du récit. On a eu un moment de la vie du personnage principal, celui où elle s’émancipe.

Je pense que je reviendrai à ce roman, cette fois-ci en anglais. Il fera partie de mes lectures marquantes.